accueil
abonnement
changement d'adresse
coin des conseillers
extra
liens utiles
nous joindre
publicité
Qui nous sommes
tableaux comparatifs
 

Le Québec devra se résigner à ouvrir la porte du régime public de santé au secteur privé
Par Caroline Phémius, août 2005

Québec n’aura d’autre choix à moyen terme que d’ouvrir la porte au secteur privé afin qu’il puisse offrir des soins de santé à la population, comme l’a autorisé cet été la Cour suprême du Canada, soutiennent plusieurs experts.

Le jugement rendu le 13 juin dernier permet désormais aux Québécois d’accéder à des services de soins de santé par le biais de leur assurance privée. Cette décision a conduit Québec à demander au tribunal un sursis de 18 mois, afin d’en retarder son application, le temps que la province puisse étudier de plus près la question.

Mais peu importe que la province s’y oppose ou pas, un système privé de soins de santé verra bel et bien le jour au Québec dans moins de 10 ans, prédisent nombre d’intervenants, dont Gilles Dufresne, conseiller senior, domaine de la santé et des services sociaux chez Mercer Ressources Humaines.

Les difficultés éprouvées par le secteur public à financer le système universel de soins de santé québécois militent en faveur d’une participation du secteur privé, avance M. Dufresne. Toutefois, « tant que le gouvernement ne dira pas qu’il ne peut plus payer, le privé ne pourra pas embarquer », mentionne-t-il.

Même si Gilles Dufresne se dit ouvertement en faveur du système de santé sous sa forme actuelle, il est d’avis que celui-ci n’est pas viable à long terme. « Nous en arriverons peut-être à des modèles comme ceux en place dans certains pays d’Europe où coexistent des régimes privés et publics », conçoit-il.

Le président de la commission sur les pratiques de santé de l’Institut canadien des actuaires, Claude Ferguson abonde dans le même sens. Il considère les systèmes allemand, français et suédois comme des modèles d’intégration du privé dans les soins de santé. « Dans ces pays-là, la pratique privée est complémentaire au régime public. Son développement ne s’est pas fait de façon sauvage », note-t-il.

Gilbert Maltais, vice-président de Voyer Marketing, ne voit aucune révolution survenir en matière de mise en marché de nouveaux produits en soins de santé, une fois qu’un régime privé sera mis en place au Québec. Observateur critique de l’industrie de l’assurance, M. Maltais a été vice-président au développement des affaires à la Croix Bleue. Il est aujourd’hui consultant en conception de services financiers.

Par ailleurs, M. Maltais doute que les assureurs actifs dans des pays où coexistent des régimes privés et des régimes publics se servent de cette expérience pour multiplier l’offre de nouveaux produits médicaux au Québec.

Une meilleure gestionde l’invalidité

La médecine à deux vitesses existe et elle n’est pas uniquement réservée aux plus nantis, poursuit Claude Ferguson. Si l’on regarde la CSST, elle s’est dotée d’un accès privilégié à des ressources médicales et à des cliniques afin qu’un ouvrier qui s’est blessé sur son lieu de travail soit pris en charge rapidement et qu’il puisse retourner travailler au plus vite, dit-il. Il s’agit bel et bien d’un système de santé parallèle, explique M. Ferguson.

En revanche, si ce même ouvrier se blesse chez lui, il sera couvert par son assurance collective et devra se soumettre aux listes d’attente des hôpitaux. « Pourtant, pour l’employeur, les besoins demeurent les mêmes. Mais là, il est interdit d’offrir une protection à cet ouvrier qui lui donnerait accès à des soins privilégiés et qui favoriserait son retour au travail », déplore-t-il.

Pour convaincre les employeurs, il faudra en effet leur faire valoir que les soins privés aideront à réduire les invalidités d’une part, et que d’autre part, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les soins privés leur permettront de se démarquer et de fidéliser les employés, pense Gilles Dufresne de Mercer.

Il pourrait même en découler une diminution des primes en assurance collective, ajoute Gilbert Maltais de Voyer Marketing…à condition que les assureurs cessent de se comporter comme des évaluateurs en sinistre et qu’ils s’attaquent de front à la gestion de l’invalidité, illustre-t-il.

« Prenons une personne qui gagne 80 000$ par an et qui est assurée pour 60% de son salaire, soit 48 000$. Elle touchera 4 000$ par mois de prestations d’assurance si elle est en attente d’une chirurgie, par exemple. Mais en privé, l’assureur pourrait avoir à débourser 5 000$ pour cette même chirurgie. Alors, au lieu de payer 4 000$ pour attendre, il paiera 5 000$ pour les frais d’opération », démontre M. Maltais.

En plus de devoir convaincre les employeurs des bienfaits du privé dans les soins de santé, il faudra aussi convaincre la population, et cela ne saurait se faire sans une intervention efficace des médecins, explique Gilbert Maltais. Ceux qui voudront offrir des services privés devront, s’ils souhaitent concurrencer le secteur public – qui est gratuit -, faire mieux! « Les médecins agissent de façon identique qu’ils soient au privé ou au public, ce n’est pas comme ça qu’il vont réussir à gagner des clients! », remarque M. Maltais.

Avant toute chose, les médecins vont devoir commencer à penser différemment et à considérer leurs patients comme des clients. Les dentistes le font, les vétérinaires aussi, ironise-t-il. « L’animal est un client et il est très bien traité. Quand il se fait opérer, on nous appelle le lendemain pour nous donner des nouvelles… quand voit-on cela chez les humains? », demande-t-il.

Quant aux assureurs, pense M. Maltais, ceux qui sont confrontés à des problèmes d’invalidité devraient d’ores et déjà s’atteler au développement de services avant même de penser aux produits. Ce que M. Maltais propose, entre autres, serait que les assureurs offrent un service pour guider les assurés dans les dédales administratifs.

Ainsi, si les assureurs proposaient d’assister leurs clients dans leurs démarches, ils rendraient un service et en même temps auraient un meilleur contrôle sur la situation, croit M. Maltais. « Ce serait un premier pas vers l’assurance privée. Ce n’est pas compliqué à faire, mais les assureurs sont habitués à payer les réclamations, pas à les gérer », reproche-t-il.

Caroline Phémius

 
Banque Nationale
 
Stratégie Financière Impact
 
AssuranceIntel
 
 
FlashFinance.ca
The Insurance Journal
Le Congrès de l'assurance et de l'investissement