|
L’Autorité redressera les pratiques
d’affaires |
| Par Serge Therrien, octobre 2005 |
L’industrie du courtage IARD doit s’attendre
à vivre très prochainement des transformations importantes
qui modifieront certaines de ses pratiques d’affaires, a révélé
en entrevue exclusive au Journal de l’assurance, Jean St-Gelais,
président de l’Autorité des marchés financiers
(AMF).
Jean St-Gelais est arrivé à ces conclusions au terme
des consultations sur les pratiques d’affaires en assurance
de dommages, menées les 14 et 15 septembre derniers dans la
ville de Québec. Ces audiences visaient à recueillir
les commentaires de l’industrie sur le rapport de l’AMF
publié le 14 avril dernier.
Au premier chef, l’Autorité entend abolir les prêts
à taux préférentiels consentis aux cabinets de
courtage. Seuls ceux accordés au taux du marché seront
acceptés. « Si ça dépasse, on va intervenir
», prévient M. St-Gelais qui y a été d’une
mise en garde. « Il ne faudra pas être naïf : si
un assureur accorde un prêt sans condition, mais qu’il
impose des exigences ailleurs, ça ne marchera pas plus. »
Les commissions conditionnelles, ou contingentes comme on les appelle
dans l’industrie, tomberaient aussi sous le couperet, sauf si
elles sont rattachées à la rentabilité du portefeuille.
Quant à celles liées à la conservation de la
clientèle et au volume de ventes, elles reçoivent un
non catégorique de sa part.
Les transferts en bloc ne seront pas bannis, avance Jean St-Gelais,
mais ils seront assujettis à certaines conditions. L’assureur
qui reçoit un tel bloc d’un cabinet devra respecter les
acquis des assurés. Pendant combien de temps? « La durée
m’inquiète », a-t-il répondu, sans fournir
plus de détails sur la question.
Audiences publiques
Douze organismes et entreprises ont fait connaître leur position
à l’Autorité. La diversité des organismes
présents a permis d’entendre les points de vue de toutes
les parties en IARD, des organismes en assurance de personnes et de
consommateurs.
M. St-Gelais s’est montré agréablement surpris
du déroulement de la consultation. Il a constaté un
intérêt de tous à travailler ensemble pour trouver
les correctifs nécessaires qui mettraient fin aux pressions
que peuvent exercer les assureurs sur les courtiers, afin d’influencer
leurs recommandations d’achat aux consommateurs. M. St-Gelais
a d’ailleurs précisé que personne n’a nié
l’existence de telles pressions dans l’industrie.
Durant les deux jours d’audiences, l’atmosphère
était à la transparence, à la collaboration et
aux échanges constructifs, alliés à des consensus
fréquents. Certains ont parfois mis en garde l’AMF contre
la tentation d’apporter des mesures correctives, convenables
en apparence, mais qui seraient inapplicables en pratique.
Interrogé sur sa vision des correctifs à apporter, Jean
St-Gelais s’est appuyé sur l’atmosphère
générale pour affirmer que «l’atterrissage
sera facile»! Quand se produira-t-il? «Ça pourrait
être très rapidement. On pourrait mener des discussions
dès cet automne et adopter des correctifs d’ici la fin
de l’année », a avancé M. St-Gelais.
Rapport accablant
Dans son rapport paru en avril dernier, l’AMF avait identifié
cinq pratiques d’affaires qu’elle estimait répréhensibles
à l’égard des consommateurs. L’organisme
réglementaire a demandé à tout acteur dans l’industrie
de lui donner son avis sur ces pratiques, soit la concentration des
affaires auprès d’un assureur, les prêts d’assureurs
aux cabinets, les liens de propriétés entre assureurs
et cabinets, les commissions conditionnelles versées par les
assureurs et les transferts en bloc de clients d’un assureur
à l’autre.
Repris avec fracas par les médias au Québec, le rapport
concluait de façon cinglante que le réseau de courtage
québécois, en grande majorité, n’était
pas indépendant des assureurs.
Par son enquête, M. St-Gelais avait alors affirmé ne
pas avoir retracé de pratiques illégales dans l’industrie,
mais que, mises en commun, ces pratiques mettaient en péril
l’indépendance du courtier.
Solutions en vue
À ces cinq pratiques jugées problématiques, M.
St-Gelais voit d’abord une solution universelle : la divulgation.
« Davantage de divulgation, c’est certain! », a-t-il
lancé. L’industrie doit donc s’attendre à
devoir informer ses clients de façon beaucoup plus importante
qu’elle ne l’a fait jusqu’à maintenant.
D’ailleurs, Jacques Valotaire, le président de ING au
Québec, a affirmé être prêt à mettre
les bouchées doubles pour s’adapter à la divulgation.
La cible du 1er janvier lui paraissait accessible.
Que devrait-on divulguer? Là-dessus, M. St-Gelais est prudent.
Il entrouvre d’ailleurs la porte à la suggestion du Bureau
d’assurance du Canada (BAC) de créer une table de concertation
dans l’industrie sur ce sujet. Cette idée de table de
concertation avait d’abord été lancée par
le courtier Serge Lyras lors d’une table ronde sur les enjeux
de l’industrie, organisée par le Journal de l’assurance
en août 2004.
Bernard Boiteau, vice-président exécutif chez AXA Assurances
et membre du conseil d’administration du BAC, a d’ailleurs
affirmé que si la table avait été créée
bien avant, l’industrie n’aurait pas eu à tenir
de telles audiences.
Jean St-Gelais est cependant inquiet en ce qui concerne le rôle
de la table de concertation. En accord avec le principe, il craint
de lui accorder un statut permanent. Il émet aussi des réserves
sur le nombre de participants. « L’important sera de trouver
des gens capables de retourner rapidement dans leur milieu pour évaluer
les propositions construites à la table », dit-il. Chose
certaine, M. St-Gelais veut y voir les leaders de l’industrie.
« Par exemple, dit-il, si ING et AXA n’y sont pas, ça
pose un problème. »
Qu’adviendra-t-il des liens de propriété? «
Ça ressemble au statu quo parce que c’est un vrai panier
de crabe! » a laissé tombé M. St-Gelais. Un enjeu
pour la table de concertation.
Serge Therrien |
|
|