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L’Autorité haussera de 127%
les cotisations de l’industrie au Fonds d’indemnisation |
| Par Caroline Phémius, octobre 2005 |
Les efforts déployés par l’Autorité
des marchés financiers (AMF) pour indemniser les investisseurs
lésés feront grimper considérablement les cotisations
au Fonds d’indemnisation versées annuellement par les
professionnels des services financiers. D’autres hausses suivront
d’ici 2008.
Dès le premier janvier prochain, les représentants en
assurance de personnes et les planificateurs financiers verront leur
cotisation annuelle au Fonds d’indemnisation de l’AMF
faire un bond de 127%, pour passer de 33$ à 75$.
Les courtiers, les agents et les experts en sinistres en assurance
de dommages seront pour leur part touchés par une hausse de
126%. Leur cotisations seront haussées de 53$ à 120$
par an.
Il ne s’agit que d’une première vague d’augmentations,
puisque l’Autorité en prévoit d’autres d’ici
2008. Les représentants en assurance de personnes et en planification
financière devront alors débourser annuellement 85$.
Les professionnels en assurances IARD devront verser 137$ par an.
Cette démarche vise directement à renflouer les coffres
du Fonds, qui se sont vidés en raison des actions multipliées
par l’AMF afin d’indemniser les investisseurs lésés
par certains acteurs de l’industrie des services financiers.
Annie Pigeon, directrice adjointe à l’indemnisation à
l’Autorité, précise que les montants des cotisations
actuellement versées dans le Fonds d’indemnisation suffisent
pour mener à bien les enquêtes en cours. Il est toutefois
nécessaire de procéder à des hausses de cotisations
afin de pouvoir faire face aux réclamations à venir,
notamment si celles-ci devaient être plus nombreuses au cours
des prochaines années, précise-t-elle.
Mme Pigeon explique que ce sont les cabinets qui versent la cotisation
pour le compte de chacun de leurs représentants. Les assureurs
qui n’ont pas de cabinets de distribution ou d’agents
captifs ne versent pas de cotisations au Fonds.
Le Fonds d’indemnisation, aujourd’hui intégré
à l’AMF, reçoit les réclamations d’indemnisation
de personnes qui se disent lésées. Lorsque ces réclamations
sont accueillies, la réglementation prévoit que le montant
maximal de l’indemnité que peut verser l’Autorité
aux épargnants est limité à 200 000$.
Une fois l’indemnisation versée aux investisseurs, l’Autorité
peut récupérer ces sommes auprès des assureurs
ou des représentants responsables des préjudices subis
par les épargnants, notamment par voie de recours subrogatoire
devant les tribunaux.
Avec le nombre d’enquêtes qui augmente, les assureurs,
les cabinets et les conseillers pourraient-ils devoir mettre la main
dans la poche plus fréquemment? « C’est prématuré
de le dire. Cela dépendra des cas, répond Mme Pigeon.
Plus nous aurons de cas de fraudes et plus nous aurons potentiellement
à indemniser et à prendre des recours subrogatoires
contre les responsables », annonce-t-elle.
Le président du Groupe financier Multi Courtage, Guy Duhaime
se dit relativement inquiet face aux augmentations annoncées
par l’AMF. « Personne n’aime voir ses coûts
d’exploitation augmenter. Surtout en ce qui me concerne, en
tant que propriétaire d’un petit cabinet », lance-t-il.
Cependant, M. Duhaime doute fort que l’Autorité débusquera
beaucoup de fraudes de l’envergure de celle de Norbourg.
Il ajoute être surpris qu’il ait fallu attendre aussi
longtemps avant qu’un tel scandale n’éclate, alors
que tout le monde dans l’industrie se doute de ce qui se trame
dans les bureaux des cabinets qui connaissent une croissance trop
rapide.
« Nous voyons parfois des cabinets qui viennent au monde et
qui, en deux ou trois ans, deviennent plus gros que d’autres
qui ont 20 ans d’expérience (...) Nous nous demandons
où ils prennent leur argent, nous nous posons des questions
car nous connaissons le potentiel de rentabilité ainsi que
les offres du marché. Un cabinet qui offre toujours 5 ou 10%
de plus que tous les concurrents (…) c’est qu’il
y a anguille sous roche », affirme M. Duhaime.
Daniel Roussel, vice-président aux affaires publiques et aux
communications chez Desjardins Sécurité financière,
salue les activités de gouvernance et de conformité
menées par l’Autorité.
En revanche, rappelle-t-il, le rôle de l’AMF ne se cantonne
pas uniquement à la protection du consommateur. Elle a aussi
un rôle de facilitateur de développement des affaires
des institutions financières et elle doit s’assurer d’un
équilibre entre les intérêts du consommateur et
des assujettis, juge-t-il.
M. Roussel prévient que l’Autorité doit faire
attention de ne pas surcharger les assureurs avec des frais additionnels.
(Généralement, les assureurs qui ont des agents captifs
paient eux-mêmes les cotisations.) Et pour éviter que
les assureurs soient constamment mis à contribution, M. Roussel
propose que tous ceux qui contribuent au Fonds soient soumis à
une norme de conformité. « Peut-être que lorsque
l’on obtient un bon score en conformité et en gouvernance,
on pourrait obtenir une cotisation en conséquence »,
suggère-t-il.
L’Autorité a notamment réfléchi à
la possibilité de déterminer la cotisation des représentants
en fonction de la fréquence des délits observée
dans leur discipline, affirme Anne-Marie Poitras, surintendante à
l’assistance consommateurs et à l’indemnisation
à l’AMF. Par exemple, les membres de la discipline responsable
du plus grand nombre de préjudices à l’endroit
des investisseurs hériteraient des plus importantes augmentations.
Toutefois, cette piste n’est pas à l’ordre du jour
à l’AMF.
Revoir les polices E&O
Richard Charrette, directeur des ventes du Groupe financier Empire,
suggère pour sa part d’ajouter un volet contre la fraude
dans les polices d’assurance d’erreurs et d’omissions
(E&O) que détiennent les représentants. Il s’agit
d’une idée qu’il compte soumettre prochainement,
lors d’une réunion avec les dirigeants des ventes.
Cette idée est pleine de « bon sens », estime aussi
Daniel Roussel. Ça pourrait, selon lui, éviter les augmentations
successives des cotisations au Fonds d’indemnisation.
Guy Duhaime ne rejette pas cette idée. Il s’inquiète
par contre des coûts supplémentaires que cela pourrait
engendrer sur les primes E&O « déjà exorbitantes
», lance-t-il
Toutefois, la loi ne permet pas, en l’état actuel des
choses, d’assurer la fraude, constate Claude Di Stasio, vice-présidente
de l’Association canadienne des compagnies d’assurances
de personnes. « On peut indemniser, compenser, mais pas assurer
contre la fraude », précise-t-elle.
« En assurant des actes frauduleux, est-ce qu’on ne protège
pas des fraudeurs? Il s’agit d’une vaste question philosophique
», argue quant à lui Louis Gagnon, président et
chef de l’exploitation de Inovesco, un spécialiste en
assurance erreurs et omissions.
Pourtant, un tel avenant existe en Ontario. Il faudra cependant évaluer
si cette partie du Common Law est applicable dans le droit civil du
Québec, indique M. Gagnon. Et vu qu’il n’y a pas
encore de jurisprudence, la manière dont serait appliquée
la loi demeure nébuleuse.
Caroline Phémius |
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