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Les assureurs inciteront les
conseillers à dévoiler leurs liens d’affaires aux consommateurs
en 2006 |
| Par Reynaldo Marquez, janvier 2006 |
Dès cette année, les conseillers
financiers doivent s’attendre à voir un nombre croissant
d’assureurs de personnes leur réclamer qu’ils dévoilent
par écrit aux consommateurs les liens d’affaires qui
les unissent. Ces compagnies espèrent ainsi éviter que
les organismes réglementaires leur imposent les règles
du jeu.
Cette tendance prendra de l’ampleur en 2006 ont révélé
des dirigeants de Canada Vie, Groupe financier Empire et Desjardins
sécurité financière (DSF), lors du Congrès
de l’assurance et de l’investissement, qui s’est
déroulé à Montréal, en novembre dernier.
Ce faisant, ces assureurs ont décidé de suivre les recommandations
en matière de divulgation émises par l’Association
canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP),
en août dernier. Cinq points sont au programme.
Au premier chef, les représentants en assurance de personnes
devront dévoiler à leurs clients les noms des institutions
financières avec lesquelles ils font affaires.
Ils devront aussi révéler la nature des liens qui les
unissent aux compagnies d’assurance. Les représentants
devront également indiquer aux clients s’ils sont rémunérés,
ou non, à la commission. Ils ne sont toutefois pas tenus d’en
divulguer le montant.
Les représentants devront aussi dévoiler s’ils
touchent une rémunération non monétaire, qui
leur donne la possibilité de gagner des voyages ou de se qualifier
à des congrès d’assureurs.
Enfin, les conflits d’intérêts potentiels entre
les intérêts des représentants et ceux des clients
devront être signifiés aux consommateurs.
Chacun de ces éléments devra faire l’objet d’une
déclaration écrite, tel que le prévoit une récente
législation canadienne. Aucun formulaire uniforme de divulgation
n’a toutefois été élaboré par l’industrie.
Chaque représentant pourra utiliser les modèles de lettres
mis à sa disposition par les assureurs. Ils pourront aussi
les adapter au besoin.
Canada Vie travaille activement à mettre sur pied sa propre
méthode de divulgation des pratiques d’affaires. Celle-ci
sera en œuvre au cours de 2006, a affirmé Phil Marsillo
vice-président principal distribution individuelle de l’assureur,
lors du Congrès.
M. Marsillo partageait la tribune avec ses collègues, Les Herr,
vice-président à la distribution et stratégie
en assurance individuelle chez Groupe financier Empire, et Denis Berthiaume,
premier vice-président en assurance aux particuliers, chez
Desjardins Sécurité financière et président
des Services financiers SFL.
Canada Vie rencontrera dès les premiers jours de la nouvelle
année nombre d’agents généraux à
ce sujet, a affirmé Phil Marsillo. « Nous voulons être
certains que nous sommes tous sur la même longueur d’onde,
a souligné M. Marsillo. Nous voulons leur donner les outils
nécessaires pour qu’ils soient bien préparés.
»
La société mère de Canada Vie, Great-West, fait
toutefois de cet exercice de divulgation une exigence. Au cours des
derniers mois, Great-West a fait parvenir à ses représentants
une lettre à cet effet, dont le Journal de l’assurance
a obtenu copie.
« Vous devez intégrer la lettre de divulgation à
vos affaires d’ici la fin de l’année financière
2006, peut-on y lire. Vous êtes tenu de conserver, dans les
dossiers des clients à qui vous avez procuré des produits
de la Great-West, les lettres de divulgation des renseignements que
vous avez rédigées. »
« Nous travaillons à mettre un processus de divulgation
sur pied. Nous n’avons pas encore déterminé de
date, mais il sera en place au cours de 2006. Ça c’est
sûr! », a avancé de son côté Denis
Berthiaume, de DSF. Cette initiative découle des discussions
que nous avons tenues au sein de l’ACCAP, a-t-il précisé.
« Pour l’instant, nous examinons des manières de
faire qui seront cohérentes avec celles adoptées par
le reste de l’industrie, ajoute M. Berthiaume. Par exemple,
il faut une cohérence au niveau des formulaires de divulgation.
Nous voulons éviter d’être plus sévères
que d’autres assureurs. »
« La question des incitatifs de vente, c’est-à-dire
le fait que des représentants puissent se qualifier à
des promotions, posait un grand problème au sein de l’industrie.
Nous avons donc tenu à agir rapidement là-dessus »,
a-t-il dit.
Le Groupe financier Empire a aussi fait parvenir aux représentants,
au cours des derniers mois, l’information nécessaire
relativement à ce qui doit être divulgué, a affirmé
Les Herr, le vice-président à la distribution, et stratégie
en assurance individuelle. « La divulgation n’est pas
quelque chose de nouveau. Cela fait plusieurs années que nous
en entendons parler. Mais les représentants doivent commencer
à réaliser qu’il est désormais de leur
devoir et obligation de faire cette divulgation conformément
à certains critères », a expliqué au Journal
de l’assurance M. Herr.
Empire publiera d’ailleurs sous peu un article dans son journal
destiné aux représentants. Il montrera l’importance
de se plier à cet exercice de divulgation.
Le président de l’organisme Independent Financial Brokers
of Canada (IFBC), David Barber, salue l’initiative des assureurs.
Il est d’avis que l’ensemble des représentants
en assurances de personnes adhèreront de bon gré à
cette procédure de divulgation.
M. Barber souligne d’ailleurs que l’industrie a toujours
été assujettie à l’obligation de divulguer
les liens d’affaires aux consommateurs en vertu de la Loi canadienne
sur les assurances.
Il déplore toutefois qu’aucun effort n’ait été
déployé plus tôt par l’industrie en vue
de s’y conformer. À cet effet, le président de
l’IFBC ajoute que de récents changements législatifs,
qui exigent désormais que cette divulgation soit écrite,
et non plus verbale, ont poussé l’industrie à
se donner les moyens de respecter la loi.
Éviter les conditions imposées
En adoptant ses propres normes, l’industrie ne cache d’ailleurs
pas qu’elle cherche ainsi à éviter que les autorités
réglementaires lui imposent leurs règles du jeu. Cela
aurait pour effet d’augmenter la charge réglementaire
et d’entraver son développement, craint-on.
« Les représentants ne doivent pas voir dans nos intentions
une intrusion dans leurs pratiques d’affaires, poursuit Les
Herr, de Canada Vie. Il leur faut prendre conscience que nos normes
de divulgation sont moins rigides que ce les organismes de réglementation
pourraient imposer. »
« C’est sûr que nous préférons agir
par nous-mêmes plutôt que de voir l’Autorité
des marchés financiers (AMF) légiférer à
ce sujet », convient Denis Berthiaume de DSF. On cherche ainsi
à éviter que se produise le même scénario
que dans le secteur de l’assurance de dommages au Québec,
où l’AMF est récemment intervenue.
L’Autorité mène d’ailleurs toujours son
enquête dans le secteur de l’assurance de personnes au
Québec. L’organisme a fait parvenir un autre questionnaire
à cet effet à plusieurs assureurs en novembre.
L’industrie a pris sur elle la responsabilité de se donner
des moyens adéquats pour procéder à une divulgation
en bonne et due forme, fait valoir Terri DiFlorio, présidente
de Hub Financial, un agent général pancanadien.
« Je crois fermement que si nous n’agissons pas dans le
sens des suggestions de l’ACCAP, les autorités réglementaires
risquent de nous imposer leurs règles, avance Mme DiFlorio.
Et si c’est le cas, cela risque d’être beaucoup
plus onéreux. »
Depuis décembre 2004, dans la foulée de la croisade
du procureur général de l’état de New-York,
Eliot Spitzer, pour assainir les pratiques d’affaires aux États-Unis,
l’ACCAP s’est penchée sur les pratiques en vigueur
au Canada.
Selon l’ACCAP, ces exigences ont pour but d’accroître
la confiance des consommateurs envers l’industrie de l’assurance
de personnes, qui a été fortement ébranlée
à la suite de la prolifération de scandales dans certains
secteurs financiers ces dernières années.
Claude Di Stasio, vice-présidente adjointe de l’ACCAP,
se réjouit d’ailleurs de voir que des assureurs entendent
suivre les recommandations de l’organisme.
Des points en suspens…
En dépit du consensus sur la nécessité de dévoiler
ses pratiques d’affaires aux consommateurs, des points demeurent
en suspens.
Ainsi, assureurs et agents généraux ne sont pas arrivés
à s’entendre sur la responsabilité et le rôle
de chacun quant aux contrôles à exercer pour s’assurer
que les conseillers s’acquittent de leur devoir.
Selon Phil Marsillo, de Canada Vie, c’est aux agents généraux
de veiller à ce que les représentants remplissent ce
devoir. Pourquoi? « Parce que ce sont eux qui sont en contact
étroit avec les représentants, qui transigent avec eux
sur une base régulière. »
La présidente de Hub Financial, Terri DiFlorio, qui siège
au conseil de l’association des agents généraux
du Canada, Canadian Association of Independent Life Brokerage Associations
(CAILBA), voit cependant les choses d’un tout autre œil.
Mme DiFlorio explique que CAILBA analyse plusieurs scénarios
quant à l’instauration d’un mécanisme de
surveillance. « Nous croyons que c’est aux assureurs de
jouer le rôle de surveillance et de joindre un formulaire de
divulgation à même le formulaire de la police d’assurance
», dit-elle.
Si un formulaire de divulgation était ainsi inclus, la signature
du client servirait alors de preuve à l’effet que le
représentant a bien fait son travail, explique Mme DiFlorio.
« Une autre option consiste à inclure un formulaire dans
la section du document où les représentants indiquent
avoir fait une divulgation convenable », ajoute-t-elle.
Pour Phil Marsillo, pas question de joindre un pareil formulaire aux
polices d’assurance de Canada Vie. Du moins pas pour le moment,
dit-il. Du côté d’Empire et de Desjardins sécurité
financière, on ignore de quelle manière sera faite une
éventuelle inspection des pratiques d’affaires.
« Une chose est certaine, dit M. Herr, quelqu’un devra
s’occuper du contrôle de cette procédure. Ce sera
soit les assureurs ou les agents généraux. Mais quelqu’un
devra s’en occuper!»
Reynaldo Marquez |
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