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De nombreux conseillers sont
sans programme de succession
Par Al Emid et Alain Thériault, mars 2006
Cordonnier mal chaussé, dit le proverbe. C’est souvent le cas des conseillers financiers, qui mettent beaucoup de soins à protéger le patrimoine de leurs clients, mais peu à protéger le leur. À preuve: plus du tiers d’entre eux n’ont pas de plan de succession en cas d’urgence.

Si bien des acheteurs de clientèle cherchent un multiple miracle, les vendeurs, eux, se nourrissent trop souvent de pensée magique. En effet, plusieurs d’entre eux semblent se croire immortels alors qu’ils laissent leur planification successorale à l’abandon.

Peter Wouters, directeur de la planification fiscale et successorale au Groupe financier Empire, constate que 35 % des conseillers au Canada n’ont pas de plan d’affaires ou de plan de succession.

Pourtant, aucun conseiller ne peut échapper à l’inexorable. « Chacun sera le vendeur de sa propre pratique à un certain moment », a-t-il rappelé durant une présentation à Toronto sur la planification successorale.

Les conseillers indépendants ont plus d’une question sur le sujet de la succession. Le conférencier en a fait la synthèse devant l’auditoire : « Qu’arrive-t-il si je décède prématurément? Qu’arrive-t-il si je tombe malade ou je me blesse et ne peux plus travailler? Qu’arrive-t-il si je suis atteint d’une maladie grave? Qui s’occupera de l’entreprise? »

Devant de telles questions, M. Wouters répond aussi par une question: « Quand avez-vous fait un examen attentif de votre entreprise pour la denière fois? » Cet examen est essentiel à l’élaboration du plan de succession, qui fait partie du plan d’affaires.

Planificateur financier établi à Ottawa depuis plusieurs années avec le cabinet Professional Investments Inc., Peter Brauns observe lui aussi des lacunes chez les conseillers en matière de plan d’affaires. D’accord avec la thèse à l’effet que 35% de conseillers sont sans plan d’affaires, il croit que la plupart des autres ont un plan d’affaires, oui! Mais un plan d’affaires « négligé ».

Plusieurs n’ont pas de testament ou n’ont pas prévu le transfert de leur clientèle par testament, estime-t-il. Pire, « plusieurs ne sont pas suffisamment assuré en cas de décès, d’invalidité ou de maladies graves », lance M. Brauns.

Un détail pourtant crucial. L’assurance vie, par exemple, permet à la succession de payer la note d’impôt qu’amène inévitablement la liquidation d’une entreprise au décès. Mais qu’en est-il du conseiller qui ne peut plus travailler en raison d’une invalidité ou d’une maladie grave?

« Certains conseillers ont placé tous leurs avoirs personnels dans des fonds d’investissement et pensent qu’ils n’ont pas besoin d’assurance. Mais seuls les fous se croient immortels. »

Peter Brauns est bien placé pour en parler, lui qui, à 59 ans, s’est vu diagnostiquer un diabète de stade 2 il y a moins d’un an. « L’inévitable finit toujours par arriver, spécialement au moment où vous n’êtes pas prêt. Quand vous n’êtes pas en santé, ce n’est plus le temps de faire des plans! »

M. Brauns, lui, estime avoir fait ses devoirs en ce sens. Mais il n’y a pas que l’assurance dans un plan de succession. Il y a aussi… le successeur désigné. Et Peter Brauns, comme bien d’autres conseillers de son âge, peine à en trouver un.

« J’aimerais que mes affaires restent dans la famille, mais mes enfants ne sont pas prêts à prendre le relais », confie le planificateur financier.

Peter Brauns étudie aussi la possibilité de désigner une personne de l’extérieur. Or, ce choix ne va pas non plus de soi et il se donne encore une bonne période de réflexion avant d’aller plus loin.

Dans le cas extrême d’un décès, c’est son adjointe, aussi planificatrice financière, qui prendrait le relais, mais pour une période limitée seulement.

Une autre avenue : vendre à un cabinet de fonds. Peter Brauns gère une clientèle représentant quelque 50M$ d’actifs en fonds d’investissement et un actif indéterminé en assurance de personnes.

Autre cri d’alarme : Bob Labrecque, directeur, planification de la relève pour le réseau des conseillers indépendants à la Financière Manuvie, croit que le plan de succession est crucial.

Pourtant il constate les mêmes lacunes que ses pairs en matière de plan de succession chez les conseillers. Une lacune qu’il considère comme un écueil majeur en cas de décès du conseiller. Les héritiers n’ont souvent aucune connaissance de l’industrie. « Il sera extrêmement difficile pour eux de prendre une décision quant à l’avenir du portefeuille et ils risquent de repousser les choses éternellement », croit M. Labrecque.

Al Emid et Alain Thériault
 
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