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Vols d’auto: les voleurs changent
de visage |
| Par Caroline Phémius, mars 2006 |
Jusqu’ici l’apanage du crime organisé
et du grand banditisme, le trafic de voitures attire maintenant les
gangs de rue. Plus jeunes et moins sophistiqués, les voleurs
s’attaquent aux modèles plus anciens et moins chers.
L’efficacité de certains systèmes de sécurité
commence à s’éroder!
Du coup, bien que reconnus par les assureurs, les antidémarreurs
montés en série commencent à voir leur cote décliner.
Cet antivol qui pouvait suffire aux véhicules moins onéreux
ou plus vieux perd en efficacité au fil du temps. Ce système
étant toujours installé au même endroit, les voleurs
de tout acabit ont vite compris comment le désactiver.
Pour le moment, nombre d’assureurs accordent encore des rabais
au chapitre B3 de la prime des assurés qui se dotent d’un
antidémarreur, qui font buriner leur véhicule ou qui
le munissent d’un système de repérage. Cependant,
depuis un peu plus d’un an, l’émergence d’une
nouvelle race de voleurs pourrait changer la donne. Les rabais ne
seront plus automatiques.
C’est en tous les cas ce que prédit Bernard Tremblay,
vice-président actuariat pour la région du Québec
chez ING. « Il y a beaucoup de systèmes très efficaces,
mais les voleurs développent une expertise et au bout d’un
moment arrivent à les déjouer, constate M. Tremblay.
Probablement que les rabais sur les antidémarreurs vont diminuer
car ils avaient été établis lorsque ces systèmes
étaient plus efficaces », poursuit-il.
La Fédération et La Missisquoi n’envisage pas
de toucher aux rabais déjà intégrés à
la prime. En revanche, l’assureur qui offre un remboursement
d’une cinquantaine de dollars lors de l’installation d’un
antidémarreur de base est actuellement en train de réviser
ce programme. « Nous nous sommes rendu compte que ces systèmes
devenaient moins efficaces. Dans le programme en révision,
nous voulons inciter les assurés à se doter de systèmes
antivols plus performants », commente Jacques Boucher, directeur
développement des marchés. Et bien que rien ne soit
encore officiel, il est possible qu’au lieu d’attribuer
un remboursement lors de l’installation d’un antidémarreur,
La Fédération et La Missisquoi décide à
la place de couvrir une partie des frais reliés au marquage
des pièces ou à l’achat d’un système
de repérage, avance M. Boucher.
L’assureur AXA a lui choisi de ne pas accorder de rabais lorsque
l’antidémarreur est monté en série, a signalé
Lise Allard, directrice à la communication.
Toutefois, chez Aviva, Groupe Promutuel, et à La Capitale,
pas question pour le moment de supprimer la réduction de prime
accordée aux véhicules dotés d’un antidémarreur
monté en série.
La Capitale adopte cependant une politique plus généreuse
à l’égard des assurés qui investissent
davantage dans la protection de leur véhicule. Au lieu du traditionnel
rabais qui peut aller jusqu’à 17,5 % au chapitre B3 de
la prime, on consent davantage. La Capitale offre 38 % aux assurés
qui optent pour l’installation d’un système de
repérage ou 30 % pour le marquage des pièces, affirme
Jacinthe Boucher, responsable relations avec les médias.
Au Groupe Promutuel, Luc Boissière, directeur actuariat, précise
que les rabais sont inclus dans la tarification initiale. L’assuré
ne reçoit pas de rabais supplémentaire. « Ça
se joue selon l’expérience du véhicule. Par exemple,
si un type de véhicule est beaucoup volé, même
s’il est équipé d’un antidémarreur
monté en série, il ne bénéficiera d’aucun
rabais. »
Chez Aviva, si un véhicule neuf n’est pas muni d’un
antidémarreur et que l’assuré en fait poser un,
il aura droit à un rabais sur sa prime, explique Michel Murphy,
directeur, assurance des particuliers.
L’industrie a d’ores et déjà éliminé
de ses listes certains systèmes qui ont prouvé leur
quasi inefficacité, tel le système de repérage
On Star, lance Bernard Tremblay. Les assureurs interrogés par
le Journal de l’assurance considèrent qu’il s’agit
plutôt d’un outil destiné à fournir une
assistance routière.
Si l’on regarde les Top 10 des voitures volées, on est
progressivement passé d’autos d’une valeur de 50
000$ et plus à 30 000$ et moins, constate Freddy Marcantonio,
directeur du développement des assurances et distribution stratégique
de Boomerang, une entreprise spécialisée dans le repérage
automobile. Selon les données de l’entreprise, la Honda
Civic et la Toyota Corolla sont les deux modèles les plus volés
au Canada.
« Les membres des gangs de rue volent pour financer d’autres
opérations, pour acheter de la drogue, par exemple. Ils volent
et revendent au réseau. Et comme ils ne sont pas aussi sophistiqués
que le réseau, ils volent des véhicules de moindre valeur
», explique-t-il.
Avec ces nouveaux réseaux de voleurs sur le marché,
les compagnies qui fabriquent des outils de prévention et de
répression vont devoir adapter leur matériel et leurs
offres commerciales.
À ce chapitre, Boomerang a pris les devants à l’été
2005 en lançant le Boomerang Xpress, destiné aux véhicules
d’une valeur de 30 000$ et moins. Vendu au prix de 99,95 $,
contre 290 $ pour Boomerang et 450 $ pour Boomerang 2, Xpress, permet
de bénéficier d’une ristourne sur la prime. C’est
le cas chez ING, puisque l’assureur a signé un accord
avec le fabricant donnant aux assurés le droit à 30%
de rabais, toujours sur le chapitre B3 de la prime. Boomerang compte
quelque 150 000 clients.
Ceci dit, avant de guérir, on peut toujours prévenir.
Les systèmes de repérage s’avèrent efficaces
lorsque le méfait est déjà commis. Mais il existe
d’autres méthodes qui veillent à prévenir
les vols. À ce titre, on trouve le marquage, aussi appelé
burinage ou les antidémarreurs installés de manière
personnalisée. Et l’idée de combiner prévention
et répression commence à faire son chemin.
Combiner les systèmes
Le marquage continue de faire des adeptes, constate Pierre-Paul Jodoin,
président de Sherlock. La compagnie qui a marqué plus
de 400 000 véhicules estime que pour déjouer le vol
d’autos, il est impératif de commencer par la prévention.
« Dans la lutte au crime il y a la prévention et la répression.
Nous, on fait de la prévention, et je pense que c’est
la méthode qui rapporte le plus à long terme, même
si on ne peut pas toujours mettre de chiffres dessus. Les assureurs
nous disent qu’il y a une grosse réduction pour les véhicules
marqués. Il y aurait jusqu’à 50 % moins de vols
avec les véhicules marqués », commente-t-il.
D’ailleurs, dans son rapport annuel dévoilé en
février dernier, l’assureur La Capitale assurances générales
annonçait que les systèmes de repérage et de
burinage ont permis, pour une deuxième année consécutive
de diminuer la fréquence des vols automobiles, stabilisant
ainsi les débours à 24 millions$ (M$). Ce programme
antivol mis en place en 2003 a en outre coûté quelque
6,7 M$ à l’assureur en rabais et remboursement de tout
genre. Mais il a aussi engendré une baisse de la fréquence
des vols de 22 %.
« Je ne pourrais pas donner de chiffres comme tels, mais ça
a effectivement engendré des baisses substantielles de réclamations.
Et c’est pour ça que l’on donne des rabais de primes
à nos assurés qui adoptent ces systèmes »,
dévoile Michel Murphy d’Aviva. Un constat que fait aussi
Luc Boissière de Promutuel.
Et l’amélioration de l’expérience est perceptible
chez d’autres assureurs, en l’occurrence à la Fédération
et La Missisquoi. C’est notamment pour cette raison que l’assureur
compte offrir un remboursement partiel à l’installation
d’un système de marquage de pièces ou de repérage,
en plus du rabais déjà en vigueur.
M. Jodoin considère que les différents outils de prévention
ou de répression peuvent être combinés pour une
plus grande efficacité. Vu que les voitures neuves possèdent
un antidémarreur, les conducteurs peuvent se prémunir
contre le vol en faisant marquer les pièces de leur véhicule.
Si une inquiétude persiste, ils peuvent ajouter un système
d’alarme. Et pour finir, s’ils souhaitent disposer d’un
moyen de répression, il reste les systèmes de repérage.
« Un système de repérage tout seul ne servirait
à rien car vous auriez escamoté tous les systèmes
de prévention », croit-il.
Arrivée dans la course en 2003, la compagnie Automod qui commercialise
le système de burinage Autoluck a obtenu l’aval de 90
% des assureurs québécois. Gérald Fortin, représentant
au sein de la compagnie, est aussi d’avis que plusieurs systèmes
sont complémentaires. Le principe de marquage d’Automod
consiste à buriner les six derniers chiffres du numéro
de série sur 45 pièces du véhicule dont sont
cinq cachées. La compagnie qui a marqué jusqu’à
présent 2000 unités, espère pouvoir doubler ce
chiffre cette année. Pour Gérald Fortin, le fait que
les réseaux de vol évoluent va pousser les gens à
cumuler plusieurs systèmes.
En attendant, Automod veut faire sentir la présence du sien.
La compagnie a récemment mis au point un témoin lumineux
de couleur bleue qui souligne au voleur potentiel que la voiture a
été marquée. Ce prototype sera commercialisé
dans le courant du mois de mars, précise M. Fortin.
La compagnie Vi-Max co – une filiale de VitroPlus – a
très vite compris que les besoins en matière de protection
de véhicules allaient changer sous peu. Fondée en avril
2005, Vi-Max co a créé un partenariat avec trois entreprises
afin de lutter contre le vol à tous les niveaux. « Nous
constituons une alternative supérieure en matière de
protection contre le vol. Nous pouvons palier l’ensemble des
méfaits commis en une seule solution », explique André
Jetté, directeur prévention vol auto et formation.
Grâce à son partenariat avec Autostart (qui fabrique
des antidémarreurs), Centrale Vin-lock (qui se spécialise
en burinage) et avec Vigil GPS (systèmes de repérage
par satellite), Vi-Max co entend démontrer aux assureurs qu’ils
ont tout intérêt à protéger au mieux leur
parc automobiles et que ce triple produit les y aidera. Ceci dit,
Vi-Max co n’a signé aucune entente d’exclusivité
avec qui que ce soit et se réserve le droit d’offrir
des produits d’autres compagnies, dépendamment des besoins
de l’assureur, souligne M. Jetté. D’ici fin 2006,
cinq ou six assureurs devraient figurer au nombre des clients de Vi-Max
co, avance André Jetté.
Une aubaine pour les conseillers
Mais aider les assurés à mieux protéger leurs
biens, et dans ce cas-ci leurs automobiles, est payant aussi pour
les courtiers. En plus d’apporter une valeur ajoutée
à ses clients, un courtier qui aura moins de réclamations
aura un pouvoir de négociation accru, soutient Freddy Marcantonio,
de Boomerang.
«Le courtier gère mieux le ratio de pertes. Il gagne
en pouvoir de négociation avec l’assureur s’il
protège mieux sa flotte et s’il a un faible ratio de
pertes », indique-t-il.
Accrédité par la Chambre de l’assurance de dommages,
Vi-Max donne des conférences portant sur le vol de véhicules,
sur les voleurs et sur les produits de protection disponibles sur
le marché. Ainsi dans le cadre de ses formations, André
Jetté et ses collègues s’assurent de faire un
tour exhaustif des systèmes offerts. « Quand les gens
ont une bonne compréhension du produit ça leur permet
de donner des conseils éclairés aux assurés.
Ce qui les aide à mieux se protéger », constate
M. Jetté.
Caroline Phémius |
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