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Attention aux fonds équilibrés qui vont trop bien!
Par Al Emid, avril 2006

Des rendements de loin supérieurs à l’indice de référence devraient inquiéter les détenteurs de parts de fonds communs équilibrés plutôt que les rassurer, croient les experts. C’est que ces rendements sont produits par une surpondération dans des secteurs florissants mais à risque.

Bien que les consommateurs ne se plaignent certainement pas de voir des fonds équilibrés connaître des rendements dans les deux chiffres, les experts en fonds de placement eux, s’interrogent.

Ces experts se demandent en effet si les fonds équilibrés canadiens dont les rendements se montrent plus élevés que leur indice repère se qualifient vraiment à titre de véritables fonds équilibrés. La forte pondération de certains titres risqués ou cycliques dans les fonds équilibrés, tels l’énergie, les fiducies de revenu concentrées sur ce secteur, les matériaux, les préoccupent plus particulièrement.

Selon le site Globefund.com, le rendement moyen annuel des fonds équilibrés se situait à 8,09 % au 28 février 2006. Son indice de référence pour le rendement annuel se situait quant à lui à 15,1 % à la même date. L’indice repère est composé à 60 % de l’indice du revenu S&P/TSX sans les dividendes et 40 % de l’indice Obligations universelles de Scotia Capitaux.

Présenté depuis longtemps comme un produit idéal pour les investisseurs prudents ou ne disposant que d’une faible marge d’épargne, le fonds équilibré est ainsi qualifié parce qu’il contient différentes classes d’actifs. C’est ce qui lui permet de mieux contrôler la volatilité des rendements. Il contient normalement des actions de différents secteurs, des obligations et des liquidités. Une combinaison qui n’a pas la réputation de produire des rendements alléchants, surtout lorsque comparés à d’autres catégories de fonds plus agressives comme les fonds d’actions croissance ou internationales.

Récemment, le paysage a changé. Porté par la croissance phénoménale du secteur de l’énergie et des fiducies de revenu, certains fonds équilibrés canadiens ont produit des gains bien supérieurs à l’indice de référence.

Méfiez-vous des apparences

Obligé par les règles de conformité de respecter le profil de risque convenu au départ avec le client, le conseiller financier doit veiller au grain. Avec la forte appréciation des titres du secteur de l’énergie survient en effet un déséquilibre dans la pondération des titres cycliques ou à risque au sein des fonds équilibrés. L’émission récente de plusieurs nouvelles fiducies de revenu liées à ce secteur et leur rendement remarquable contribuent aussi au déséquilibre.

Le conseiller et analyste en fonds communs, Roy Vokes, y va d’ailleurs d’une mise en garde. « Si vous voyez un fonds dont les rendements fluctuent trop, jetez un coup d’œil sur les titres qu’il détient : vous n’êtes peut-être pas en face d’un vrai fonds équilibré », prévient le président d’Agora Financial Services, en Ontario.

« Si je choisis un fonds équilibré, il devrait être sans surprise et fiable », explique-t-il. Ce type de fonds joue le rôle auquel il se destine lorsqu’il détient des positions fondamentales (titres conservateurs ou peu volatiles). Celles-ci, poursuit M. Vokes, offrent une stabilité et une protection contre la volatilité des autres titres plus agressifs détenus par le fonds.

Non aux fiducies

Christine Hughes, vice-présidente principale de Gestion AGF et gestionnaire du Fonds canadien équilibré AGF depuis 1999, ne s’est jamais ralliée à la ruée vers les fiducies de revenu.

Outre les actions des sociétés pétrolières, les fiducies de revenu liées au secteur de l’énergie ont aussi contribué à accroître l’exposition des fonds équilibrés au secteur de l’énergie, explique Christine Hughes. « Maintenant, vous vous retrouvez avec des fonds équilibrés légèrement plus risqués parce qu’ils s’assortissent d’une pondération massive dans des produits cycliques alors qu’ils n’en n’avaient pas l’habitude. »

Autre mise en garde quant au secteur de l’énergie : c’est un secteur cyclique. Or, selon elle, les fonds équilibrés ne détiennent généralement pas une pondération massive dans les titres de secteurs cycliques. Faisant référence aux fonds canadiens équilibrés en général, Mme Hughes observe que « la composante en actions d’un fonds équilibré est habituellement orientée vers le revenu au moyen de titres qui versent des dividendes ». Ce qui inclut des sociétés financières comme les banques, et des services publics comme les pipelines, précise-t-elle.

Mme Hughes espère que le pendule du fonds canadien équilibré type retournera bientôt à la normale.

Son fonds compte des actions liées au secteur de l’énergie mais aucune fiducie de revenu. Ce fonds est donc immunisé contre la volatilité qui pourrait affecter les fiducies liées à l’énergie, précise la gestionnaire.

Selon les données publiées par Globefunds au 28 février dernier, les obligations canadiennes tiennent le haut du pavé dans ce fonds, avec 28,9 % de la pondération. Les actions liées aux services financiers occupent pour leur part 19,7 % de la pondération, avec Banque Scotia (3,4 %) et Banque TD (3,2 %) comme principaux titres de ce secteur.

Les deux secteurs suivants en importance : les matériaux avec une pondération de 14,3 % et l’énergie avec 14,2 %. Les titres majeurs du secteur énergie à la même date sont Petro-Canada à 3,1 % et Société d’énergie Talisman à 2,8 % de l’actif total du fonds.

Le Fonds canadien équilibré AGF a connu un rendement annuel de 12,0 % au 28 février 2006.

Pour sa part, Dan Hallett trouve logique que les fonds équilibrés soient surpondérés dans le secteur de l’énergie par les temps qui courent. Mais, ajoute l’analyste conseiller en fonds de placement et président du cabinet Dan Hallett and Associates, de Windsor, certains dépassent les bornes en réduisant trop leur position dans des secteurs plus sécuritaires.

Il cite en ce sens le fonds équilibré à rendement élevé Middlefield Canadian Balanced Class, géré par Scott Roberts et Robert Lauzon, de Middlefield Financial.

Selon Globefunds au 28 février 2006, ce fonds s’assortit d’une pondération de seulement 9,3 % en obligations, ce qui est peu selon les normes pour un fonds équilibré, commente-t-il.

Le fonds détient une part de 65,20 % en actions, dont 32,5 % en énergie, et le reste en liquidités. Le fonds comporte toutefois une bonne part d’actions liées au secteur financier, soit 23,7 %, une position jugée comme plus fondamentale.

Le fonds a par ailleurs connu un rendement annuel fort élevé pour ce genre de fonds, soit 21,7 % au 28 février 2006, de loin supérieur à l’indice repère.

Réduire le risque

Tentant de réduire le risque en combinant le meilleur de plusieurs mondes, certaines compagnies ont lancé des portefeuilles équilibrés de fonds de fonds.

Ces portefeuilles recoupent à la fois le rôle des fonds équilibrés et des fonds de répartition de l’actif, explique M. Vokes. « Peut-être avez-vous un portefeuille de fonds de fonds qui comprend un fonds d’actions canadiennes, un fonds obligataire et un fonds du marché monétaire. » Ces trois catégories d’actifs sont celles que l’on retrouve dans la plupart des fonds équilibrés, ajoute-t-il.

L’inconvénient de ces portefeuilles, c’est qu’ils peuvent regrouper des fonds que le conseiller ne trouve pas adéquat pour son client, dit M. Vokes. Avec un fonds de fonds, qui choisit prend tout.

Exemple de fonds de fonds équilibrés : deux des portefeuilles Quotentiels de Placements Franklin Templeton.

Le portefeuille Quotentiel de revenu équilibré se répartit normalement entre 60 % de titres de revenu et 40 % d’actions. Selon les données de Globefunds au 28 février 2006, le plus gros fonds qu’il détient est Obligations Bissett, dans une mesure de 47,74 % de l’actif total. Le Fonds Actions canadiennes Bissett vient en deuxième pour une part de 15,08 %. Le portefeuille Quotentiel de revenu a connu un rendement annuel de 6,43 % au 28 février 2006.

Pour sa part, le portefeuille Quotentiel de croissance équilibrée se répartit normalement entre 60 % d’actions et 40 % de titres de revenu. Obligations Bissett demeure le fonds le plus important du portefeuille, mais pour une part de 32,28 % seulement alors que le fonds Actions Canadiennes Bissett occupe 23,57 % de l’actif total du portefeuille. Le Fonds de fonds croissance de Templeton a connu un rendement annuel de 8,73 % au 28 février 2006.

Elizabeth Lunney, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille dans le groupe des placements pour les particuliers, indique que la volatilité inhérente au secteur de l’énergie a déjà mené à certains changements à l’intérieur des fonds de fonds équilibrés de Templeton.

« Au cours de 2004 et 2005, nous avons surpondéré les actions canadiennes au maximum. Nous étions très optimistes quant au marché canadien pour diverses raisons : titres évalués favorablement dans le marché canadien par rapport aux marchés américains et mondiaux; occasions dans les secteurs des ressource et de l’énergie. »

Toutefois, en juillet 2005, la surévaluation croissante des titres boursiers canadiens dans le secteur de l’énergie a amené Templeton à réduire la pondération en actions canadiennes et à augmenter celles des titres étrangers. «Nous avons vu le niveau de risque augmenter dans le marché canadien et nous avons commencé à en profiter pour réduire graduellement la surpondération en actions canadiennes», rapporte Mme Lunney.

Les gestionnaires Quotentiels sont aussi revenus aux pondérations normales entre titres de revenus et actions pour les deux portefeuilles.

Al Emid

 
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