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Les fonds américains recèlent des trésors

Par Al Emid, juin/juillet 2007

Les bonnes nouvelles ne tarissent pas à l’égard des fonds communs américains. Plusieurs titres se sont transigés dans les boursiers américains avec un escompte atteignant jusqu’à 20%, même plus. Des gestionnaires de fonds estiment que les actions américaines sous sous-évaluées par rapport aux obligations… Plus que jamais, le marché envoie des signes positifs qui pointent vers les fonds américains

Des experts disent qu’il y a des perles à dénicher dans les actions américaines et que le moment serait propice à leur acquisition. Mais même s’ils croient qu’il est temps d’investir dans des fonds communs de placement américains, plusieurs pardonnent la réticence des investisseurs. C’est que les motifs d’inquiétude peuvent paraître bien réels.

L’immobilier est l’un de ceux-là. Les médias américains ont entre autres fait écho à la crise qui affecte les prêts immobiliers et à la tendance des américains à utiliser la plus value de leur maison comme un guichet automatique, expliquait R. Cameron Grout, vice-président, ventes, au Groupe de fonds Guardian, lors d’une allocution présentée récemment au Independent Financial Brokers Summit à Toronto.

M. Grout a rappelé que, face à l’augmentation de la valeur de leur maison, bien des propriétaires américains ont utilisé celle-ci comme un guichet automatique pour acheter des biens de consommation.

La hausse du prix de l’essence a grugé le pouvoir d’achat du consommateur américain, a-t-il ajouté. M. Grout constate également que les actualités américaines rappellent que les États-Unis ont une chance sur trois de connaître une récession.

Sous-évaluation

Récemment, le ministère américain du Commerce annonçait qu’au premier trimestre 2007, l’économie américaine avait connu la plus faible progression de son produit intérieur brut (PIB) depuis 2002, soit 0,6%, par rapport au même trimestre de 2006.

C’est sans compter les inconnus que sont le coût réel de la guerre en Irak et les taux de change.

Heureusement, il y a les bonnes nouvelles. Parmi elles, des gestionnaires de fonds observent que l’activité des firmes de capital privé (private equity et hedge funds) confirme la valeur que recèlent les actions américaines. Ces compagnies ont massivement utilisé leurs capitaux, levés à faible coût, pour acheter des titres, souvent à un rabais de 20 % ou plus.

Cet écart observé dans les prix des actions américaines soutient le point de vue de Gestion de Placements TD. « Nous estimons en effet que, comparativement aux obligations, les actions sont généralement sous-évaluées », explique Les Grober, vice-président et directeur de Gestion de Placements TD à Toronto, où il agit comme gestionnaire du Fonds nord-américain de dividendes et cogestionnaire du Fonds mondial de dividendes.

Le potentiel de croissance des titres américains est également au rendez-vous, selon le gestionnaire. La tendance des grandes entreprises américaines à assainir leur bilan, à réduire la dette et à diminuer leurs dépenses ont toutes contribué à stabiliser le cours des actions, voire à le faire augmenter, explique en effet M. Grober.

Toujours diversifier

Dans ce faisceau de facteurs tant négatifs que positifs, une grande vérité demeure, estime quant à lui Dan Hallett, analyste en placements et président de la société Dan Hallett & Associates, à Windsor : « un portefeuille diversifié doit comprendre des investissements aux États-Unis. »

La diversification sectorielle est particulièrement importante du fait que le marché canadien est dominé par les titres provenant de sociétés financières et de ressources naturelles, renchérit pour sa part Les Grober. L’ajout de titres ou de fonds américains procure une diversification sectorielle qu’on ne pourrait trouver en abondance au Canada, par exemple dans le secteur des pharmaceutiques, de la technologie ou en soins de santé, explique-t-il.

À Gestion de Placements TD, on croit de plus que l’économie américaine évitera la récession et qu’elle connaîtra plutôt un atterrissage en douceur, soit une croissance sous la moyenne.

M. Grober signale par ailleurs qu’il faut relativiser les mauvaises nouvelles concernant le PIB des États-Unis. Selon lui, les grandes entreprises américaines produisent de bons bénéfices, et leurs revenus sont de moins en moins tributaires des ventes réalisées dans le marché intérieur, et de plus en plus soutenus par celles qu’elles réalisent à l’étranger.

Dans cette optique, ajoute le gestionnaire de Gestion de Placements TD, les titres de compagnies à forte capitalisation (ou mégacapitalisation), se négocient à des prix raisonnables. « Les 100 entreprises en tête de l’indice S&P 500 réalisent probablement au moins le tiers de leurs bénéfices à l’étranger », dit-il.

En comparaison, ajoute-t-il, les sociétés à moins forte capitalisation « sont davantage prisonnières du consommateur américain, dont la marge de manœuvre s’amoindrit ».

Réunis, tous ces facteurs font que Gestion de Placements TD croit à ce que M. Grober décrit comme « une migration ascendante des capitaux vers les sociétés à capitalisation ultraforte, voire à mégacapitalisation, puisque les compagnies à moins forte capitalisation sont maintenant à la merci de l’instabilité de l’économie américaine.

Les Grober estime de plus que les titres américains à plus petite capitalisation sont plus cher, en termes de cours-bénéfices (le rapport entre la valeur marchande et le bénéfice par action). « De plus, en matière de bénéfices, leurs perspectives de croissance sont moins bonnes. »

Dans le Fonds nord-américain de dividendes et le Fonds mondial de dividendes de TD, la sélection des titres privilégie maintenant les sociétés à mégacapitalisation. « Nous croyons que les titres à forte capitalisation sont le secteur où les gestionnaires gagneront ou perdront de l’argent en 2007, et peut-être même en 2008. L’année dernière, et il y a deux ou trois ans, on aurait plutôt privilégié les titres de sociétés à moins forte capitalisation », dit-il.

Cette orientation du choix des titres vers la forte capitalisation prend le pas, chez TD, sur d’autres considérations comme la sélection par secteurs d’activité. Au début de 2007, les entreprises que l’on pouvait vouloir choisir au moment de la sélection des titres présentaient en moyenne une capitalisation boursière se situant aux environs de 10 milliards de dollars américains, relate M. Grober. Or, Gestion de Placements TD leur préfère maintenant les entreprises dont cette capitalisation est plutôt de 20 milliards ou plus : « Des noms comme GE, Coca-Cola, J. P. Morgan et 3M font l’affaire, lance-t-il. »

Chez Investissements Russell Canada, le Fonds d’actions américaines compte maintenant davantage de positions qui combinent une croissance assurée par des bénéfices réguliers et la stabilité d’une forte capitalisation. S’ajoute à ces valeurs sûres, l’attitude défensive qui caractérise les sociétés à forte capitalisation en croissance. Elles devraient garder une bonne stabilité, même en période de volatilité économique, estime Timothy Hicks, agent d’investissements principal des Chez Russell. « Nous sommes maintenant arrivés au point où les entreprises qui présentent effectivement un bon potentiel de croissance se vendent à des prix plus réalistes », dit-il. Ces entreprises peuvent se vendre plus cher que d’autres valeurs sûres, mais leur potentiel de croissance estompe la différence de prix, croit-il.

Du côté des sociétés à forte capitalisation axées sur la croissance, les gestionnaires de Russell aiment bien le fabricant de produits de grande consommation Johnson & Johnson. « Chose certaine, voilà un bon bout de temps que leurs bénéfices nets vont en augmentant », dit-il. Du côté des sociétés à moyenne capitalisation en croissance, ils aiment bien les Laboratoires Abbott.

Jouer sur la peur

Chez Franklin Templeton, Michael Embler s’intéresse pour sa part aux titres sous-évalués qui se transigent à un prix d’aubaine compte tenu de leur valeur intrinsèque, affirme Michael Embler. Les forces économiques qui ont perturbé les investisseurs ont suscité l’émergence d’un contexte de peur, qui a à son tour favorisé l’apparition de telles aubaines, croit l’agent d’investissements principal et gestionnaire du Fonds Balise Mutual de Franklin Templeton.

« Il faut en fait s’attarder à deux choses, explique-t-il : que vaut cette action par rapport à son cours et ensuite quels sont les facteurs de risque associés au rabais consenti. » La crise des prêts risqués et divers autres facteurs économiques ont fait chuter les titres dans le domaine de l’habitation, par exemple, ceux de Lowe’s Companies et de Toll Brothers, quand on les compare aux sommets qu’ils atteignaient en septembre 2005, rappelle-t-il. « Ils sont pas mal plus intéressants qu’il y a 18 mois », affirme-t-il, expliquant qu’il a un certain prix en tête lorsqu’il entrevoit l’acquisition des actions en question.

Actuellement, la meilleure façon de bien gérer le risque au moment de sélectionner des titres consiste à bien faire la différence entre ceux dont le prix est influencé par l’appât du gain et les autres où le prix est plutôt influencé par la peur, observe M. Embler. « Or, on voit pas mal plus d’appât du gain que de peur, ces jours-ci, dit-il. D’habitude, nous trouvons les meilleures occasions là où la peur est davantage présente. »

Ainsi, le fonds a déjà investi massivement dans des titres de General Motors, lorsqu’une succession de mauvaises nouvelles s’est mise à émerger, il y a 18 mois. À cause du prix alors peu élevé du titre de GM, aux environs de 20 $ US, jumelé à la valeur des actifs financiers et des liquidités de l’entreprise, les investisseurs dans le fonds Balise Mutual se trouvaient à acheter indirectement la compagnie pour presque rien.

Parmi les autres stratégies du fonds à capitaliser sur la peur des marchés, M. Embler parle d’une « stratégie de la dette en difficulté ». En vertu de cette stratégie, le fonds acquiert des dettes dont la cote de crédit est faible pour ensuite les échanger contre des actions de la compagnie après réorganisation. Le fonds a eu recours à une telle stratégie lorsque la société Air Canada a demandé la protection de la loi sur les faillites, en avril 2003.

Al Emid
 
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