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Marchés émergents :
Les rendements mirobolants dureront-ils?

Par Al Emid, septembre 2007

Avec leurs rendements explosifs, les fonds communs des marchés émergents charment les investisseurs depuis quelques années. Cette lune de miel durera-t-elle? Selon les experts, tout dépend de facteurs économiques complexes.

Les fonds de marchés émergents doivent faire partie des placements à considérer pour les mêmes raisons que les marchés émergents ont suscité l’attention des milieux financiers du monde entier depuis le deuxième trimestre de 2003. « Tout cela est imputable à la croissance exponentielle de l’Inde et de la Chine », a expliqué Jordan Benincasa, analyste de fonds à Morningstar Canada lors d’un congrès à Toronto sur l’investissement mondial organisé par Morningstar et auquel le Journal de l’assurance assistait.

La vague de croissance en Chine, qui a fouetté son économie intérieure, celle de ses voisins et les rendements des fonds des marchés émergents, continue de déferler au moment d’écrire ces lignes. En fait, on observe une hausse annualisée du produit intérieur brut de la Chine qui s’est élevé à 11,9 % au deuxième trimestre de 2007. De façon générale, l’indice MSCI des marchés émergents affiche cette année un rendement de 39 % et un rendement sur trois ans de 28 %.

Bien que ces chiffres aient amené plus d’investisseurs à y placer leurs billes, de tels rendements ne peuvent durer éternellement, avertit M. Benincasa. « À long terme, le rendement moyen de la plupart des marchés boursiers se situe habituellement entre 10 % et 15 % », signale-t-il. Il évoque d’ailleurs la possibilité d’un ralentissement ou d’une correction. « Nul ne peut prédire à quel moment cela surviendra, mais il faut se demander quand et non si ce sera le cas. »

Pour sa part, Patricia Croft, vice-présidente et économiste en chef de Philips, Hager & North Gestion de placements, s’inquiète de l’économie intérieure de la Chine. Malgré la croissance réelle de son PIB, la Chine voit sa demande intérieure baisser presque sans relâche depuis 2003. C’est donc le surplus commercial de la Chine qui compte pour la croissance totale de son PIB. Cela, allié à d’autres facteurs, a contrarié les investisseurs américains, a expliqué Mme Croft lors du congrès.

« Je m’inquiète de ce mouvement de protectionnisme de la part des États-Unis », a-t-elle expliqué. Mme Croft croit que ce sentiment pourrait provoquer une réduction des exportations en provenance des marchés émergents, ce qui déclencherait du coup un ralentissement de l’économie mondiale, a-t-elle précisé par la suite au Journal de l’assurance. « Une grande partie de la vigueur de l’économie mondiale tient à celle de la Chine. Tout indice qui suggère un ralentissement dans cette région aura inévitablement des répercussions. »

Aussi, la montée du dollar canadien face au dollar américain a fortement influé sur l’intérêt des Canadiens envers les investissements étrangers. Ce qui peut aussi être éphémère, explique Douglas Porter, économiste en chef adjoint de BMO Marché des capitaux, qui prenait également la parole au même congrès.

De plus, les fluctuations monétaires ont peu influencé le rendement des marchés émergents, signale-t-il : « Dans ces marchés, le dollar canadien est un facteur qui a vraiment moins d’importance. » Quoi qu’il en soit, les marchés émergents sont habitués à la volatilité, comme l’a bien prouvé le MSCI des marchés émergents lorsqu’il a affiché un recul de 12 % au cours du seul mois de mai 2006, rappelle M. Benincasa.

Crise du crédit

Deux autres facteurs qui ont favorisé les marchés émergents jusqu’à maintenant risquent aussi de ne pas durer, suggère pour sa part Mme Croft.

Dans un premier temps, l’appétit des investisseurs pour les liquidités à risque, stimulé par une longue période de bas taux d’intérêt, a créé des conditions idéales pour les marchés émergents. Or, la donne a changé, dit-elle. La crise des prêts hypothécaires à risque qui secoue actuellement les marchés financiers, ayant son origine aux États-Unis, a atténué l’appétit des prêteurs envers les placements plus risqués.

Ensuite, le cours actuel des titres des marchés émergents ne fait pas l’unanimité chez les experts. Certains trouvent attrayant les ratios cours-bénéfice des marchés émergents; d’autres trouvent au contraire que les aubaines se font rares. Des gestionnaires de fonds émergents ont d’ailleurs éprouvé de la difficulté à trouver des actions à prix attrayant, signale M. Benincasa. Voilà qui menace également les rendements élevés actuels des fonds émergents.

Les marchés émergents présentent néanmoins plusieurs avantages, dont la possibilité pour l’investisseur de diversifier son portefeuille.

Les titres en ressources naturelles, énergie et finance dominent le marché boursier canadien.Les fonds émergents offrent quant à eux des occasions à saisir dans des secteurs lucratifs de près de 26 pays inscrits à l’indice MSCI. Ils donnent aussi accès à des titres qui ne seraient pas disponibles aux investisseurs autrement. Enfin, ils donnent accès à d’autres marchés en pleine croissance, comme l’Inde, stimulée par une démographie et des besoins de consommation croissants.

Les marchés émergents profitent aussi d’une conjoncture favorable, rappelait pour sa part Patricia Perez-Coutts, vice-présidente et gestionnaire du portefeuille des Fonds AGF, lors de la conférence Morningstar. Elle mettait alors en évidence l’attrait des titres de pays émergents et les bas taux d’intérêt. « La plupart des pays émergents continuent de baisser leurs taux d’intérêt », a-t-elle fait remarquer.

Ces avantages doivent se mesurer à de sérieux désavantages qui distinguent les marchés émergents des marchés nord-américains : un écart quant aux normes réglementaires de régie d’entreprise (corporate governance), de transparence et de principes comptables.

Comme ces facteurs sont instables, on peut pardonner aux gestionnaires de fonds de sélectionner leurs actions des pays émergents dans les menus détails. Par exemple, les gestionnaires de HSBC recourent à la fois à l’approche ascendante et descendante pour sélectionner des titres de leurs fonds d’actions HSBC nouveaux marchés et HSBC BRIC, explique Christian Deseglise, responsable en chef des marchés émergents internationaux à la HSBC Investments (USA) Inc., à New York.

Prêter attention à la fluctuation des devises fait aussi partie des mesures adoptées par ces gestionnaires.

Il faut aussi garder l’œil sur l’économie locale et non sur les seules actions en tant que telles. « On aura beau dénicher des actions extraordinaires, on peut douter qu’elles rapporteront si l’économie du pays ciblé est en chute libre », fait remarquer M. Deseglise.

À la lumière de ces analyses, les gestionnaires des deux fonds surpondèrent ou souspondèrent leur exposition à certains pays explique Stephane Levy, chef de la section Gestion quantitative de HSBC Investments.

En outre, l’équipe de HSBC gère différemment les deux fonds. Par exemple, les gestionnaires du fonds BRIC n’ont pas une approche sectorielle. Ils agissent plutôt selon des paramètres géographiques. Pour leur part, les gestionnaires du fonds nouveaux marchés surveillent à la fois le secteur et le pays. « L’un ne contredit pas l’autre », signale M. Levy.

L’équipe de HSBC estime aussi que la régie d’entreprise s’améliore dans certains marchés émergents, comme au Brésil. Par contre, la régie d’entreprise est loin d’avoir atteint le niveau idéal en Russie. Voilà pourquoi elle compte sur son réseau d’analystes qui prennent le temps de gratter le vernis des dossiers qu’on leur présente, dit M. Deseglise. Il ajoute que HSBC visite chaque année quelque 750 compagnies dans les marchés émergents.

Cela n’empêche pas HSBC de reconnaître les bons côtés d’investir en Russie. Ainsi, les actions de la société russe GazProm se négocient moins cher le baril de réserves prouvées que celles de la ExxonMobil aux Etats-Unis. Ce rabais de prix justifie le risque encouru, estime M. Levy.

De son côté, le fonds Mackenzie Universal Marchés émergents sélectionne ses actions en combinant l’approche valeur et l’approche croissance. Le fonds acquiert des actions prometteuses, qu’il garde durant trois à cinq ans, explique Tom Leventhorpe, gestionnaire de portefeuille client chez J.P. Morgan Asset Management.

Rendement supérieur

M. Leventhorpe s’intéresse surtout aux titres susceptibles d’offrir des rendements supérieurs à la moyenne. Il suit donc de près les grands noms, parmi lesquels figure Bharti Airtel, supposément la plus grosse compagnie du marché de la téléphonie cellulaire en Inde.

Une analyse de ses résultats financiers démontre que Bharti a vu ses bénéfices doubler entre le deuxième trimestre de 2006 et le deuxième trimestre de 2007. Les revenus de l’entreprise ont crû de 53% durant la même période.

« Même si nous misons sur plus d’un titre dans un même secteur auquel nous croyons, cela ne veut pas dire que nous misons uniquement sur ce secteur », précise-t-il. Par ailleurs, le fonds de M. Leventhorpe ne fait pas beaucoup de place aux industries cycliques. « Nous préférons nous tourner vers les secteurs plus prévisibles à nos yeux, dit-il. Il nous est impossible de prédire à quel prix le pétrole se vendra dans l’année. »

Les analystes de fonds ont tendance à comparer le comportement de secteurs précis des marchés émergents, puis ils arrêtent leur choix sur les actions qui leur semblent les meilleures, par exemple dans l’industrie de l’embouteillage en Amérique latine, les infrastructures en Inde ou les produits de consommation en Chine.

« Les possibilités changent selon le marché, fait remarquer M. Leventhorpe. Ainsi, la Chine offre de meilleures possibilités que l’Inde du côté des produits de consommation. » Dans cet esprit, il s’intéresse aussi aux placements au Nigeria.

D’autres joueurs ont une attitude plus conservatrice à l’égard des marchés émergents. C’est le cas chez certains fonds distincts.

De nombreux facteurs en font en effet des fonds plutôt coûteux en ratio de frais de gestion (RFG) quand on tient compte du prix des garanties des fonds distincts, explique de son côté Geraldo Ferreira, vice-président, développement et marketing des produits de placement chez AEGON Gestion de fonds et Transamerica Vie Canada.

La même réflexion s’applique aux fonds distincts spécialisés en soins de santé et en technologie, précise-t-il. M. Ferreira ajoute que les garanties des fonds distincts sont moins chères quand l’investisseur opte plutôt pour un fonds d’actions équilibré, qui mise sur des titres de multinationales à forte capitalisation.

Finalement, l’investisseur type que ciblent les fonds distincts ne tire pas pleinement parti de ces marchés, croit M. Ferreira. « Ces clients plus âgés n’aiment pas l’instabilité. Ils veulent préserver leur capital et en tirer un rendement convenable. Ils tiennent à faire fructifier leur argent tout en se protégeant des inconvénients qui pourraient survenir, ce que les garanties leur permettent de faire », explique M. Ferreira.

Transamerica n’offre donc pas de fonds distincts exclusivement consacrés aux marchés émergents. Elle y est présente par le truchement de ses portefeuilles diversifiés. Le Portefeuille de croissance audacieuse TOP, entre autres, consacre 9 % de ses actifs au Fonds d’actions de marchés émergents Brandes; son Portefeuille de placement garanti de croissance TOP consacre aussi 5 % de ses actifs à ce fonds.

Dans l’avenir immédiat, Transamerica ne prévoit pas ajouter d’autres instruments des marchés émergents à sa gamme. « Nous sommes conscients de la valeur des marchés émergents, mais nous croyons qu’il suffit de les intégrer à un portefeuille. »

Toujours dans le secteur des fonds distincts, d’autres entreprises ont décidé de ne pas offrir de fonds des marchés émergents, tel RBC Assurances.

Al Emid
 
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