Après des débuts difficiles, l’assurance contre les maladies graves dans les régimes collectifs se propage chez les employés. Entre 2005 et 2006, le nombre d’assurés qui ont souscrit une garantie de maladies graves en collectif a en effet crû de 54,7% au pays.
Le marché de l’assurance maladies graves collective affichait des résultats mitigés au Canada il y a quelques années. En 2002, il comptait 38 914 assurés pour des primes souscrites totalisant 9,3 millions(M)$, selon des chiffres de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP).
Les choses ont radicalement changé depuis. Plus de joueurs, plus de produits mais aussi des primes plus basses ont permis aux conseillers en assurance collective de vendre davantage la garantie contre les maladies graves à leurs clients.
Tandis qu’en 2005 l’industrie comptait quelque 252 727 assurés, elle en dénombrait un an plus tard 558 611, révèlent les plus récentes données de l’ACCAP.
En revanche, au cours de la même période, le total des nouvelles primes a chuté considérablement. En effet, entre 2005 et 2006, alors que 305 884 nouveaux assurés ont souscrit une assurance maladies graves au sein de leur régime de l’employeur, les primes ont pour leur part chuté de 36,8% pour passer de 23,5M$ à 17,1 M$.
Selon ces chiffres de l’ACCAP, la prime moyenne est donc passée en une année de près de 93$ par personne à un peu plus de 30$ par personne.
La tendance des primes à la baisse risque de perdurer, croit Dick Gilbert, président de GCI Insurance Services Inc. et de MegaCorp. Plus le produit se vendra, plus l’expérience fera en sorte que les primes diminuent, estime M. Gilbert. Un fait qu’il a déjà constaté chez certains assureurs qui vendent ce produit aux groupes depuis longtemps, révèle-t-il.
Dick Gilbert prépare actuellement le lancement d’un nouveau produit d’assurance maladies graves destiné aux groupes. Il croit déjà que le prix prévu pourrait être revu à la baisse dans quelques années. « Plus nous aurons d’assurés et plus les économies d’échelle seront importantes », lance-t-il.
Pour Yves Millette, vice-président principal affaires québécoises à l’ACCAP, cet écart entre les primes souscrites en 2005 et en 2006 s’explique en partie par les assureurs qui offrent de plus en plus des montants de couverture peu élevés. Certains assureurs offrent, en effet, une couverture d’aussi peu que 5000 $, fait-il observer.
Premiers résultats pour 2007
Chez AXA Assurances où l’on a connu une année faste avec une augmentation des nouvelles affaires en assurance maladies graves dans un régime collectif de 90% entre 2006 et 2007, la baisse des primes est perçue différemment.
Interrogé par le Journal de l’assurance, Michael Finnegan, vice-président assurance collective, accidents et maladies, croit que c’est l’intérêt soudain de nombre de joueurs pour ce produit qui a provoqué une baisse des primes. « Les assureurs portent une attention particulière au produit d’assurance maladies graves collectif et la compétition devient plus féroce. Ils jouent les primes à la baisse », constate M. Finnegan.
Pas question pour AXA, cependant, d’entrer dans la danse et de baisser ses primes. L’assureur présent dans le marché depuis plusieurs années considère que son produit est très bien tarifé. « Les taux que nous offrons sont adéquats et nous n’envisageons pas de baisses de primes », annonce-t-il.
Les ventes ont aussi pris leur envol à la Financière Sun Life, révèle Josée Dixon, vice-présidente régionale, expansion commerciale, est du Canada, garanties collectives.
Ne souhaitant toutefois pas dévoiler le nombre de nouveaux clients qui ont souscrit une assurance maladies graves en collectif au cours de l’année 2006-2007, Mme Dixon dit simplement que l’assureur voit une nette différence entre 1998, année de lancement du produit, et 2006. « On voit une croissance accrue depuis 2003, et elle l’est encore plus depuis 2006 », lance-t-elle.
Financière Manuvie, un nouveau joueur dans le secteur de l’assurance maladies graves en collectif, se dit satisfait des ventes et de l’accueil réservé à son produit. Depuis 2006, l’assureur recevait de plus en plus de commentaires de ses conseillers à l’effet qu’un tel produit serait le bienvenu, indique Dustin Coté, vice-président adjoint, expansion des affaires, marketing de l’assurance collective.
Le consultant Watson Wyatt voit aussi un intérêt accru. Michèle Boisvert, directrice de la pratique assurance collective et gestion des soins de santé pour l’est du Canada, note un intérêt grandissant pour l’ajout de la garantie maladies graves au sein des régimes collectifs dont Watson Wyatt s’occupe.
« Le produit ne se vend pas facilement mais par contre il y a de plus en plus de demandes dans ce sens. Dans notre base de données canadiennes, il y avait 11% des entreprises qui l’offraient en 2006, et ce chiffre va en grandissant », précise Mme Boisvert.
Les ventes ont beau connaître une croissance phénoménale, « au Québec et en Ontario… ça piétine », lance M. Finnegan. On essaye encore de comprendre pourquoi, indique-t-il en riant.
L’Alberta a généré à elle seule quelque 50% de la croissance des ventes en maladies graves en collectif qu’a connue AXA en 2007. Le marché des Maritimes se montre de plus en plus intéressé.
Le boom économique que connaît l’Alberta depuis quelques années favorise l’ajout de produits d’assurance, particulièrement dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Par exemple, AXA a signé un contrat avec une firme pétrolière qui offre l’assurance maladies graves collective gratuitement à ses 5500 employés. « C’est l’employeur qui ramasse la facture de 656 000$ », ajoute M. Finnegan.
Décollage au Québec
Au Québec, le manque d’entrain freine l’innovation de ce produit chez certains assureurs. Desjardins Sécurité financière (DSF), notamment, indique que l’assurance maladies graves collective n’est pas un produit vedette et que l’assureur ne prévoit pas y investir pour le moment. « Il a été lancé il y a plusieurs années mais il n’a pas décollé », admet Isabelle Truchon, conseillère en communications chez l’assureur.
L’assureur SSQ Vie n’entend pas non plus investir davantage pour accroître la popularité de son produit d’assurance maladies graves destiné aux groupes. Carl Laflamme, vice-président ventes et marketing, développement national chez SSQ, précise toutefois que les ventes ont légèrement décollé au cours de la dernière année. « Nous recevons plus d’appels et nous en avons mis plus en vigueur que par le passé », soutient-il.
D’autres assureurs, plus présents hors-Québec, désirent intensifier leur offre dans la belle province. « Nous n’avons pas fait beaucoup de campagnes de marketing au Québec en 2007 mais nous allons en faire plus en 2008 », annonce Eddy Levy, vice-président ventes et marketing chez Ace Life.
Ace Life a revampé son produit au cours de 2007, et fait des présentations en « grandes pompes » ailleurs au pays. Le lancement officiel n’a pas encore été fait au Québec mais la version française est prête, dit M. Levy. « Pour nous, ce produit représente LA croissance », lance-t-il.
Les cabinets s’y mettent
Pour sa part, le cabinet Sansregret Taillefer & Associés inc. offrira systématiquement l’assurance maladies graves en 2008. « Jusqu’ici, nous hésitions à la vendre car nous étions freinés par la hausse des coûts en assurance collective », avoue Michel Taillefer, président du cabinet.
M. Taillefer ne doute pas de son succès futur en matière de ventes car il considère ce produit comme étant la voie de l’avenir, « et quand on y croit, c’est plus facile à vendre ».
Juste de mentionner que l’assurance maladies graves est disponible pour les entrepreneurs et leurs employés constitue déjà un grand pas, croit-il. « Les gens vont poser des questions sur les descriptions des garanties. Ça entrera dans les mœurs que ce produit existe et qu’il est achetable », pense M. Taillefer.
Quant à Denis Plante, président du cabinet SAGE, il mise sur la stratégie d’offrir ce produit dans le cadre d’un réaménagement de régime. Le réaménagement consiste à retirer certaines garanties pour les remplacer par d’autres. Du coup, la prime ne s’en trouve pas nécessairement augmentée et l’offre a plus de chance de séduire. « Pour le moment, nous l’avons offert à environ 5% de notre clientèle et la moitié s’en est prévalue », révèle-t-il.
Caroline Phémius |